Pas de deuxième vague pour l’IA éducative

Selon une étude du CSA mandatée par le Syndicat de la Presse Sociale, 11 millions de Français rencontreraient des difficultés avec le numérique. Une meilleure appropriation de ces outils est dès lors cruciale – et plus particulièrement par les générations futures. Portée par ce credo, la Fondation l’IA pour l’Ecole revient sur les faits d’actualité marquants de ces dernières semaines dans le monde du numérique éducatif.

L’IA dans le monde

Les candidatures sont désormais ouvertes pour le prix UNESCO-Roi Hamad Bin Isa Al-Khalifa. Récompensant l’utilisation des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) dans l’éducation, le thème de l’édition 2020 se focalise sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour améliorer les apprentissages. Avec la COVID-19, crise de l’éducation s’est juxtaposée à crise sanitaire. Or, avec cette généralisation du distanciel, le développement de nouveaux outils doit être appuyé afin d’améliorer l’apprentissage de chacun. Ainsi, toute personne ou institution ayant un projet IA en cours de réalisation destiné au monde éducatif peut se porter candidat, et ce jusqu’au 18 décembre 2020. La Fondation se réjouit de voir le développement de ces projets.

Très active sur ces questions, l’UNESCO a par ailleurs publié un nouveau rapport sur la transformation numérique de l’éducation et sur l’accès des établissements scolaires à Internet. Très riche, le rapport met notamment en avant l’apport de l’IA dans sa stratégie de cartographie des écoles. Grâce à l’analyse de données, les politiques pourront évaluer et jauger l’efficacité de ces mesures, et en anticiper les effets. Ainsi, l’UNESCO en appelle à l’élaboration d’un cadre rigoureux pour collecter, entretenir, sauvegarder et partager les données qui émaneraient de cette cartographie.

Beaucoup d’acteurs dans le monde n’ont toutefois pas attendus le parapluie de l’UNESCO pour se lancer dans des solutions IA innovantes. En Inde, par exemple, l’entreprise de l’EdTech ConveGenius a déjà impacté 1.2 millions d’étudiants dans des écoles publiques et privées à bas, souvent les plus en retard en matière d’innovations numériques. La plateforme propose un apprentissage personnalisé et adaptatif accessible via n’importe quel appareil, même hors ligne. Ceci constitue un apport non-négligeable pour les régions les plus isolées.

L’importance d’un cadre régulatoire pour l’IA destinée aux enfants

Le MIT Technology Review a récemment mis en avant que les enfants ont besoin d’une protection accrue face au développement exponentiel de l’IA. Souvent en première ligne, leur « maléabilité » requiert des normes supplémentaires pour l’IA, selon Steve Vosloo, un spécialiste des politiques de la connectivité digitale à l’UNICEF. C’est dans ce cadre que l’UNICEF publia le 16 septembre ses directives pour aider les gouvernements et les entreprises à développer une IA qui prenne en compte les besoins des enfants. Par exemple, l’IA se devrait d’être explicable aux enfants. Elle devrait également prendre en compte leurs besoins de développement.

Ces principes permettraient ainsi aux enfants de mieux s’approprier l’IA, à des fins bénéfiques. En effet, il a été démontré que les outils pédagogiques à base d’IA sont utiles pour le développement d’une pensée critique, et des capacités à résoudre des problèmes. En somme, l’enjeu n’est pas simplement de protéger les enfants ; c’est de leur donner la capacité de façonner leur avenir. A ce niveau, la Fondation est en plein accord avec ce discours.

Montrant l’importance de la problématique, la Beijing Academy of Artificial Intelligence (BAAI) avait déjà publié, le 14 septembre, ses propres directives sur la question. Divers programmes pilotes sont désormais prévus par les deux organismes, dans plusieurs pays, pour vérifier comment leurs directives pourraient effectivement être implémentées.

Et chez nous ?

Un article de Maddyness montrait récemment qu’en France, l’alliance entre éducation et startups IA n’est malheureusement pas des plus aisées. Alors que le territoire français compte plus de 400 startups en EdTech, celles-ci peinent à se développer à leur plein potentiel. D’une première part, l’essentiel de ces acteurs se focalise sur la formation professionnelle, et non sur l’éducation primaire ou secondaire. De l’autre, malgré des projets intéressants, les applications sont souvent peu ambitieuses techniquement du fait du manque de financements. En effet, la plupart des entreprises ont des chiffres d’affaires inférieurs à 500 000 euros. Emmanuel Freund, fondateur de Powerz, met également en avant que c’est « mal vu dans l’imaginaire collectif de faire de l’argent avec l’éducation ». Svenia Buisson, fondatrice de LearnSpace, partage cet avis : lourdeurs administratives et pilotages compliqués traduisent plus profondément un « vrai frein au niveau de la culture du numérique et de la tech dans l’éducation ».

Malgré ces blocages structurels, nous avons toutefois pu assister à quelques beaux développements sur ces questions lors des dernières semaines. Le 15 septembre, l’Institut Polytechnique de Paris et HEC Paris ont annoncé le lancement de ‘Hi Paris’. Ce nouveau centre interdisciplinaire de recherche et d’enseignement est consacré à l’intelligence artificielle et à la data science. Avec un budget annuel de 50 millions d’euros, le centre compte devenir un leader mondial de l’IA d’ici cinq ans, contribuant ainsi à la « souveraineté numérique de la France et de l’Europe » selon Eric Labaye, président de l’Institut polytechnique de Paris. Peter Todd, directeur de HEC, va encore plus loin en déclarant vouloir un « MIT de France ».

Au niveau territorial, de remarquables initiatives fleurissent également. Le département des Alpes-Maritimes a mis en place l’ambitieux projet ‘Arc en Ciel’ : une sensibilisation sous trois ans à l’intelligence artificielle dès la rentrée 2020 pour 75% de ses collégiens. Sous l’impulsion de Marco Landi, président du comité d’experts du SMART Deal (un plan de transition numérique départemental), une pluralité d’acteurs de la région – institutionnels, académiques, industriels – se sont rassemblés.

Similairement, et en région parisienne cette fois-ci, Jean-Michel Blanquer est allé le 21 septembre à Herblay-sur-Seine présenter le dispositif national des territoires numériques pour 2020-2021 à la presse. Deux départements bénéficient pour le moment de ce dispositif expérimental : le Val d’Oise et l’Aisne. Le projet concerne 1000 professeurs et 15000 élèves, et est financé à hauteur de 27,3 millions d’euros par l’Etat. L’objectif est de les équiper de 5000 kits d’enseignement hybrides (tablettes, micros, caméras) qui sauraient leur servir en cas de reconfinement. La Fondation l’IA pour l’Ecole ne peut qu’encourager une multiplication de ce type de projet dans d’autres départements.

Enfin, plusieurs événements de marque se sont tenus. Le 23 septembre, la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale se rassemblait pour les ‘Rendez-vous du numérique’. Deux tables rondes se sont tenues, réunissant plusieurs acteurs de l’éducation autour des thématiques du numérique. Une retransmission peut être visionnée sur le site de l’Assemblée nationale. Un jour plus tard, le 24 septembre, se tenait la conférence ‘Et si on changeait l’école’ à la Maison de la Radio, devant des centaines de personnes. Un retour sur cet événement marquant de la rentrée éducative peut être trouvé sur le site de la Fondation, présente dans le public ce soir-là.

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