L’IA pour l’éducation, un enjeu pour la souveraineté numérique

A l’échelle européenne et internationale la réflexion se poursuit autour de l’intégration de l’intelligence artificielle à la culture éducative. Des initiatives indépendantes et collectives ne cessent de voir le jour alors même que le numérique pour l’éducation continue de s’ériger comme une évidence dans la formation des citoyens de demain. Pauline Türk, professeur en droit public, décrit cet apprentissage comme un enjeu pour la souveraineté numérique et l’exercice d’une vie citoyenne active. Elle écrit : « Si elles ne veulent pas subir l’évolution technologique, les jeunes générations doivent apprendre à maitriser les outils numériques, à connaitre et faire valoir leurs droits et libertés, et à se préoccuper de la construction de la protection de leur « identité numérique » »

Etat des lieux du côté de l’Hexagone

L’urgence dans le propos de Pr. Türk et de bien d’autres experts qui partagent son avis n’est pourtant pas reflétée dans l’opinion publique française. C’est ce que montre une étude récente du Pew Research Center qui s’intéresse au regard porté par les populations de 20 pays différents sur leur système éducatif et sur l’IA.

Qu’en pensent les Français ?

Elle nous apprend ainsi qu’entre octobre 2019 et mars 2020, seulement 32% des Français pensaient que l’enseignement supérieur français dans les filières scientifiques et techniques « STEM » (science, technologie, ingénierie, mathématiques) est le meilleur du monde ou bien au-dessus de la moyenne. 20% en pensent de même aux niveaux du primaire et du secondaire. Avec une proportion de 62%, notre population est également celle qui croit le moins en l’utilité des investissements gouvernementaux dans la recherche scientifique. De même vis-à-vis de l’intelligence artificielle; seuls 37% des Français interrogés considéraient que la technologie a été bénéfique à la société, tandis que 47% la perçoivent négativement. En contraste, la médiane sur les 20 pays s’établit à respectivement 53% et 33%. Dès lors, sensibiliser notre population au potentiel de l’IA et du progrès technologique devient plus que jamais d’actualité pour l’épanouissement de la société au sens large et l’éducation en particulier.

Rendez-vous du numérique éducatif

Le 30 septembre, le débat s’est poursuivi du coté institutionnel lors de la deuxième journée de tables rondes du numérique éducatif tenue par la commission de l’éducation de l’Assemblée Nationale. Elle fut animée entre autres par Edouard Geffray de la DGESCO, selon lequel il n’y a « pas de numérique magique en matière éducative », mais que « les outils numériques permettent de personnaliser certains dispositifs éducatifs ». Alain Frugière, président du réseau des INSPE rassura les enseignants en prévoyant la généralisation prochaine de la plateforme Pix destinée à l’éducation et dont la certification deviendra obligatoire. Caroline Vincent, enseignante à l’Université d’Aix, accentua quant à elle le fait qu’on ne doit « pas faire du numérique par injonction, mais parce que les élèves ont besoin du numérique pour devenir des citoyens ». Elle rejoint en cela le message de Marie-Caroline Missir, directrice du réseau Canopé : ce qui importe surtout c’est d’aider l’enseignant à améliorer les résultats des élèves.

Afin de réaliser les objectifs établis, le ministère se charge de distribuer 15 000 ordinateurs aux familles défavorisées et prévoit des connexions 4G en cas de confinement pour les élèves sans connexion au domicile familial. Canopé contribue également en créant un espace de partage et de formation entre pairs pour les enseignants.

Les initiatives continuent en Europe et au delà

Si l’État s’en préoccupe davantage, l’intelligence artificielle au service de l’éducation fait tout autant l’objet d’intérêt des spécialistes de la donnée. C’est notamment le cas de l’entreprise française Illuin technology qui a lancé dans le cadre de leur « Deep AI Startup Studio » un appel aux talents souhaitant les rejoindre pour développer entre autres des solutions IA appliquées à l’éducation.

Du côté de notre voisin belge, la coalition AI4Belgium, groupe de réflexion et d’action sur l’IA a publié un rapport en 2019 qui prévient: “Nous n’avons actuellement ni la masse critique ni les outils nécessaires pour soutenir cette transition (digitale), et nos écoles ne préparent pas les prochaines générations pour le XXIe siècle. C’est la raison pour laquelle nous proposons un nouveau pacte pour l’éducation, un programme universel de développement des compétences pour les adultes et davantage de compétences numériques – et humaines – pour nos jeunes.” Dans cet esprit, un MOOC gratuit intitulé ‘Elements of AI’ a été rendu accessible à tous à partir du 30 septembre. A destination de tous dès l’âge de 15 ans, ce programme vise à former 1% de la population aux enjeux et à la connaissance de l’IA. Il se base sur l’exemple de ce qui a déjà été fait à l’étranger, notamment en Finlande. Dans le monde, 500 000 étudiants se sont déjà inscrits à ce cours qui est complété en moyenne au bout de 25 heures.

En effet, bien au-delà de la sphère européenne, la prise de conscience générale du rôle que l’IA va jouer transforme progressivement la parole en actions. À titre d’exemple, le prestigieux Institute of Technical Education de Singapour accueillant 14 000 nouveaux étudiants cette année, a introduit des cours sur les fondamentaux en IA dans le socle obligatoire de la formation. Cette initiative a pour but d’adapter l’offre de l’école aux besoins des métiers que ses étudiants seront amenés à exercer.

 De l’autre côté de l’Atlantique, l’on s’affaire tout autant à innover pour les élèves afin de pallier les manquements constatés de l’enseignement à distance. Un chercheur de l’université de Rowan, aux Etats-Unis, bénéficiant d’une bourse de $50 000 de la part de la Fondation Nationale de la Science travaille sur le sujet. Préoccupé du déficit dans l’aspect relationnel et humain entre le professeur et ses élèves il œuvre à trouver un moyen de rendre plus facile le repérage des tendances au sein de la classe pour l’enseignant. Il développe notamment un outil qui permet de mesurer l’engagement des élèves dans les cours à distance, afin que les enseignants puissent d’une part rapidement aider les élèves en difficulté et d’autre part identifier les étudiants avec des facilités et des affinités particulières. Sa technologie utilise une combinaison de différents outils IA, tels que la vision par ordinateur, le Deep Learning, le Machine Learning, ou encore le traitement de langage naturel.

Conclusion

Ainsi de parts et d’autres, des acteurs indépendants ou institutionnels du monde de l’IA et celui de l’éducation convergent leurs efforts pour préparer les générations futures à leur avenir. La quatrième révolution industrielle inspire des débats et des réformes essentiels qui concernent tous les citoyens et auxquels tous sont invités à prendre part. Les Etats généraux du numérique pour l’éducation se poursuivant jusqu’au 4 et 5 novembre, sont une opportunité à saisir pour tous ceux souhaitant rejoindre l’aventure.

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