Intelligence artificielle et travaux publics: préparer le changement

Le 25 novembre, la Fondation l’IA pour l’Ecole fut invitée dans le cadre de la journée des partenaires du club SEIMAT (Syndicat des Entreprises Internationales de Matériels de Travaux Publics, Mines et Carrières, Bâtiment et Levage, Manutention). Cette année, le thème des débats portait sur l’intelligence artificielle. Comment l’intégrer au secteur des travaux publics ? Comment assurer la formation à ses enjeux dans les filières professionnelles concernées ? Autant de questions auxquelles la Fondation, par le biais d’une présentation sur l’IA et les travaux publics puis d’une participation à une table ronde avec des professionnels du secteur, se tâcha d’éclairer.

Invitation du Club SEIMAT

Le Club SEIMAT a pour but de valoriser les métiers de la maintenance des matériels de BTP auprès de la jeunesse. Par diverses actions, il vise à améliorer la formation à ces métiers, et à mieux intégrer les générations futures dans le monde professionnel. Chaque année, sa journée des partenaires met en avant des thématiques spécifiques au secteur. Et, en 2020, l’intelligence artificielle fut à l’honneur.

En mars 2019, la plateforme innovation du groupe Vinci, Léonard, mettait déjà l’intelligence artificielle en lumière dans ce secteur. Djamil Yahia, responsable d’appel d’offres du groupe, avançait d’ailleurs que, « quand on parle d’IA, on pense Terminator et Matrix, avec des machines qui vont remplacer les hommes. Or, l’IA est un outil comme un autre, utilisé plus dans la logistique que dans l’exécution proprement dite de tâches sur le chantier ». C’est dans le même esprit que la Fondation présenta sa vision de l’intégration de l’intelligence artificielle dans le secteur. Comme dans tant d’autres domaines d’activités, l’IA ne remplacera pas l’homme dans les travaux publics, mais constituera un facilitateur – un moyen à ajouter à sa caisse à outils.

La révolution de l’intelligence artificielle dans les travaux publics

Dans un premier temps, les représentants de la Fondation (dont faisait partie Guillaume Leboucher, président de l’IA pour l’Ecole) soulignèrent les apports de l’intelligence artificielle dans le secteur des travaux publics. La notion de maintenance prédictive fut particulièrement mise en avant. En installant des capteurs connectés sur les matériels, il est possible de connaitre, en temps réel, le degré d’endommagement de ces-derniers. Ainsi, grâce aux données récupérées, on peut intervenir au plus vite dès que nécessaire.

Les avantages sont nombreux. La durée des vie des équipements est allongée, et leur taux de rendement global (TRG) se voit donc considérablement amélioré. Les frais de maintenance sont également largement réduits, ainsi que la quantité de pannes effectives – pour un temps d’immobilisation des machines moindre. L’entreprise JCB a notamment généralisé cette pratique, à travers son logiciel Livelink. Celui-ci permet de suivre l’ensemble de ses machines à distance, et ainsi de mieux gérer ses parcs.

D’autres apports notables furent mis en avant : aide à la précision, aide à la décision, éviter les dépassements de coûts… C’est l’ensemble du secteur des travaux publics qui est concerné par cette révolution intelligente. Un rapport publié en 2017 par McKinsey montrait, à ce titre, que les entreprises du secteur pourraient augmenter leur productivité de 50% par le biais d’une analyse en temps réel des données.

Le défi de la formation

Cependant, un frein considérable au déploiement de l’intelligence artificielle dans le domaine des travaux publics aujourd’hui est le soucis d’acculturation et de formation – tant des employés actuels du secteur, que des générations futures. Un rapport PWC portant sur l’innovation dans le BTP soulignait d’ailleurs déjà, en décembre 2018, cette problématique. Dans sa section de ‘challenges’ pour l’avenir, la nécessité de changement culturel était placée en première position, et celle de formation à la quatrième. Particulièrement révélatrice, une enquête interne auprès de 115 000 employés montrait, dans le rapport, que 50 000 d’entre eux n’avaient pas de compétences dans le numérique.

Dès lors, le deuxième grand axe de la présentation de la Fondation se consacra à ce défi de formation à l’intelligence artificielle dans le secteur des travaux publics. Du fait des transformations des cas d’usage dans leurs métiers, les filières de travaux publics doivent anticiper ce changement dès la formation. Ainsi, la Fondation prône une intégration des notions d’intelligence artificielle et une manipulation d’outils IA pour les élèves et apprentis, afin de mieux pouvoir les exploiter dans leur vie professionnelle. Ce faisant, les compétences pour les métiers des travaux publics de demain seront mieux assurées.

L’intelligence artificielle peut également apporter au niveau pédagogique, dans la manière de former les élèves de ces filières. Bien qu’encore peu développés à ce niveau, les outils de réalité virtuelle et augmentée (VR/AR), par exemple, peuvent faciliter l’apprentissage de situations réelles, propres aux travaux publics – et le tout en classe, dans un environnement sécurisé. La simulation permet également une économie en termes de temps, et en termes de mobilisation des matériels et des personnes. Enfin, cette forme d’apprentissage présente l’avantage notable d’être marquante pour l’élève, professionnalisante et complémentaire avec les enseignements plus théoriques. La formation d’ensemble en ressort ainsi augmentée. Bouygues Construction, en partenariat avec HTC Vive, travaille notamment sur ces outils de réalité virtuelle pour former ses travailleurs aux risques liés à la manipulation des éléments de coffrage.

Déconstruire les mythes autour de l’intelligence artificielle

Tant dans la salle de classe que sur les chantiers, l’intelligence artificielle n’a pas vocation à remplacer l’homme. Elle ne fera que mieux l’accompagner ; ce fût en quelque sorte le message de fond de la table ronde qui suivit. Réunissant professionnels du secteur (représentants de JCB, Komatsu, de la Fédération des Entreprises Internationales de la Mécanique et de l’Electronique (FICIME)…) et enseignants et directeurs d’école dans l’audience, ce moment de partage permit de discuter collectivement de la généralisation de l’intelligence artificielle dans le secteur des travaux publics.

La Fondation se réjouit de ce type d’évènement dans un secteur aussi riche et vaste que les travaux publics. Elle remercie chaleureusement le Club SEIMAT pour son invitation. Que les filières soient générales ou professionnelles, l’intelligence artificielle est plus que jamais d’actualité ; l’IA pour l’Ecole sera là pour accompagner ces changements, où qu’ils soient.

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